Inaugurés au début des années 1980 en Seine-Saint-Denis, les Espaces d'Abraxas incarnent une utopie architecturale singulière. Le projet de Ricardo Bofill visait à transposer la convivialité et la lumière barcelonaises dans la banlieue parisienne, en proposant du logement social au cœur d'une structure théâtrale et néoclassique. Avec ses colonnes majestueuses, son arène panoptique où chacun peut voir et être vu, et ses baies vitrées en relief, l'ensemble surprend par son allure de temple antique moderne. Si les jeux de lumière subliment le béton au printemps et en été, le décor se fait plus sombre durant les mois d'hiver, soulignant toute la complexité d'un tel projet urbain.

Cette esthétique spectaculaire a naturellement séduit le monde des arts et du spectacle. Au fil des décennies, le lieu est devenu un plateau de tournage prisé pour des clips musicaux, des séries et des blockbusters internationaux. Des artistes comme Cheb Mami ou Marwa Loud y ont posé leurs caméras, tout comme la star de K-pop Rosé, membre du groupe Blackpink, pour son projet solo. Mais c'est sans doute sa présence dans la saga *Hunger Games* en 2014 qui a scellé sa notoriété internationale auprès du grand public.

Le tournage du blockbuster américain a d'ailleurs laissé des souvenirs mémorables aux résidents. Pour éviter les perturbations liées à des tensions locales autour du plateau, la production avait trouvé une formule originale en proposant à certains jeunes du quartier de faire de la figuration. Une solution pragmatique qui a permis d'assurer le calme pendant les prises de vues, même si les figurants improvisés ont finalement tous été coupés au montage final.

Au-delà des anecdotes de tournage et de la fascinante structure en béton, les Espaces d'Abraxas demeurent avant tout un lieu de vie empreint d'histoires personnelles. C'est le cas pour Samir, arrivé sur place en 1989 à l'âge de 14 ans avec sa mère et sa sœur. Pour sa famille, l'accès à ce logement social représentait une véritable renaissance. Aujourd'hui, il y réside toujours avec ses proches et organise régulièrement des visites guidées pour transmettre l'histoire du site. Une démarche intime qui dépasse le simple cadre architectural pour devenir un hommage permanent à sa mère et aux sacrifices des premières générations d'habitants.