Le 13 février 1960, la France faisait exploser « Gerboise bleue » au cœur du Sahara algérien. Cette première bombe atomique, d'une puissance cinq fois supérieure à celle d'Hiroshima, marquait le début d'une longue série de tirs atmosphériques puis souterrains. Au-delà des enjeux géopolitiques de l'époque, ces opérations ont façonné un paysage de désolation durable dans le désert, causant des pathologies lourdes chez les habitants de la région et affectant irrémédiablement les jeunes soldats français déployés sur le site.

Pendant des décennies, les retombées de cette épopée nucléaire sont restées largement sous silence. C'est précisément cette mémoire occultée que l'écrivain Xavier Le Clerc explore dans son roman *Le Garçon ébloui*, paru chez Gallimard. L'histoire s'attache au destin d'un jeune orphelin algérien recueilli en 1959 par un militaire français. Envoyé dans la base de Reggane — présentée de manière trompeuse comme une installation ordinaire —, le soldat découvre la réalité des radiations avant d'en devenir lui-même la victime. En décrivant le décalage tragique entre les discours rassurants officiels et la réalité des cancers ou des malformations subis, l'auteur donne une réalité poignante à ce drame méconnu.

Pour l'historien Benjamin Stora, le regard du romancier apporte une dimension affective et concrète que le récit historique peine parfois à transmettre. Ce pan d'histoire a été relativement peu travaillé par la recherche académique, alors même que les clauses secrètes des accords d'Évian autorisaient la poursuite des essais nucléaires français dans une Algérie devenue indépendante. La fiction permet ainsi de questionner l'absence d'opposition et de débat public qui a entouré ces événements durant des années.

En réunissant sous une même trame narrative la douleur des populations locales et celle des appelés français, la littérature offre un espace d'empathie et de reconnaissance mutuelle. En interrogeant ces traumatismes croisés, l'écrivain participe à lever le voile sur un passé commun encore sensible, démontrant que la mémoire peut aussi se construire à travers le récit littéraire.