Partout au Maroc, des milliers d'ânes, de mulets et de chevaux accomplissent quotidiennement des travaux physiques particulièrement éprouvants. Qu'il s'agisse de transporter de lourdes charges dans les ruelles étroites des médinas, de labourer les champs ou d'acheminer du matériel dans des zones montagneuses difficiles d'accès, ces animaux représentent un maillon essentiel de l'économie locale et du quotidien de nombreuses familles. Cependant, lorsque leur état de santé se dégrade, qu'ils subissent des blessures graves durant leur travail ou que la vieillesse les gagne, leur destin bascule souvent tragiquement.

C'est précisément pour offrir une issue décente à ces animaux en détresse que le Jarjeer Mule and Donkey Refuge a été mis en place. Situé au cœur d'un grand domaine rural, ce sanctuaire prend en charge des équidés arrivant de toutes les régions du Maroc. La plupart sont recueillis dans une situation d'urgence absolue, usés par des années de surmenage et privés de soins vétérinaires. Pour l'ensemble des pensionnaires, l'entrée dans cet établissement marque le début d'une véritable retraite, enfin débarrassée des contraintes physiques et de la souffrance.

Le processus de réhabilitation de ces animaux exige une patience considérable et des interventions médicales suivies. Certains équidés arrivent au refuge dans un état de dénutrition extrême, frôlant la mort. Il faut régulièrement plusieurs années de soins constants pour qu'un cheval reprenne des forces et retrouve un pelage sain. Aujourd'hui, une quarantaine de chevaux réhabilités vivent paisiblement ensemble dans de grands pâturages. Les équipes portent également une attention spécifique aux ânes devenus aveugles à la suite de traumatismes ou de maladies non soignées. Installés dans des enclos adaptés, ils apprennent à apprivoiser leur nouvel espace et à retrouver des repères en toute tranquillité.

La création de ce lieu découle pourtant d'un cheminement singulier. Initialement, la fondatrice britannique Susan Machin avait fait l'acquisition de cet immense terrain dans le cadre d'un projet touristique, un préalable légal obligatoire pour les résidents étrangers souhaitant acquérir de grands espaces fonciers au Maroc. Réalisant rapidement qu'elle n'était pas faite pour l'hôtellerie ou le tourisme, elle s'est penchée sur la cause animale et le sort alarmant des équidés de labeur. Cette prise de conscience l'a conduite à créer une structure caritative officielle pour leur offrir un refuge permanent.

Au-delà de la mission de sauvetage au quotidien, le sanctuaire met en lumière les conditions de vie souvent méconnues des animaux de travail et rappelle la nécessité de leur garantir de la dignité jusqu'à la fin de leur vie.