Sur le papier, tous les ingrédients d'une belle fête étaient pourtant réunis. Pour la toute première fois depuis l'indépendance de l'Algérie en 1962, les sélections nationales des deux pays s'affrontaient sur un terrain de football. Dans les tribunes du Stade de France, la foule dépassait largement le cadre des seuls passionnés de ballon rond. Des familles entières, réunissant parfois trois générations, s'étaient déplacées pour assister à l'événement. Les drapeaux tricolores et vert et blanc se côtoyaient alors dans un climat joyeux et fédérateur.
Mais la tension s'est invitée dès le protocole d'avant-match. Si l'hymne algérien a été accueilli dans un silence respectueux, le retentissement de La Marseillaise a déclenché une salve de sifflets massive à travers les travées. Une incompréhension vive pour une grande partie du public venue chercher un moment d'union, mais qui n'était encore que le préambule d'un scénario plus regrettable. Sur le terrain, l'équipe de France a pris l'ascendant sportif, menant logiquement 4 buts à 1 au fil de la rencontre.
À la 76e minute de jeu, l'événement a définitivement basculé. Un premier spectateur s'est introduit sur la pelouse, rapidement suivi par des dizaines d'autres supporters déferlant depuis les gradins. Face à cette intrusion incontrôlable, l'arbitre a interrompu la partie, renvoyant joueurs français et algériens aux vestiaires sous le regard médusé des spectateurs, avant que les forces de l'ordre n'interviennent. Le match ne reprendra jamais.
Dans les tribunes, la joie initiale a fait place à une amère déception et à un sentiment d'écoeurement. Dès le lendemain, l'onde de choc s'est propagée des deux côtés de la Méditerranée. La presse algérienne a condamné très durement l'interruption du match, barrant ses unes de termes comme « honteux » ou « scandaleux ». Pour l'immense majorité des supporters qui voyaient en cette rencontre une passerelle festive entre deux cultures, le geste d'une minorité aura gâché ce qui devait être une soirée d'Histoire.